

Le sujet de cet article s’adressant tout particulièrement aux fumeurs de pipe débutants, c’est pourquoi je le classe sous le libellé « les basiques ».
Il aborde un point qui rappellera des souvenirs à chaque fumeur de pipe. En effet, il s’agit de l’achat de la « première ».
Devant la diversité de l’offre sur le marché tant au niveau de la forme, des marques, des prix, des matières utilisées, des systèmes, etc, etc… le choix est plus que cornélien, lorsqu’il s’agit de faire son premier achat.
Je vais essayer de faire une synthèse des différents points à aborder, afin de faciliter ce choix. C’est une compilation résultant de différents articles lus, d’expériences et d’erreurs mis en commun, lors de discussions avec des amis fumeurs de pipes.
- Le nerf de la guerre : le prix
Pour l’achat d’une pipe neuve, celui-ci peut s’inscrire dans une fourchette allant de 40 € à « no limit », quand je pense à une « Bo Nordh » affichée à 10 000 € ou à un Dunhill Namiki Goldfish à 7 000 €.
Si vous vous orientez vers le marché de l’occasion (pipe estate), sujet que je ne développerai pas dans cet article, la variation de prix est encore plus difficile à appréhender, car souvent fonction de l’offre et de la demande, ou comme sur e-bay, des velléités des enchérisseurs. Je ne dirai qu’une seule chose qui résume le fond de ma pensée dans ce domaine : tout ce qui brille n’est pas or !
Bien qu’avec un peu d’expérience et de recul, c’est là que j’ai trouvé quelques-unes de mes plus belles pipes.
Avant de franchir la porte d’un magasin, je vous conseille de vous fixer un prix limite et de vous y tenir, sinon vous risquez de sortir avec un objet du culte valant le double, et si vous n’avez pas fait le bon choix, vous le regretterez amèrement. Surtout que la plupart des commerçants sont prêts à vous réserver une pipe pendant quelques jours, ce qui vous permet de comparer en toute tranquillité.
J’ai moi-même déjà revendu à perte ce genre d’achat précipité, et dont certains resteront à jamais de jolis éléments de décoration de porte-pipe chez beaucoup de fumeurs.
- La forme
Nous entrons ici dans le domaine des goûts et des couleurs, où le seul conseil à donner au départ est : « choisissez celle que vous aimez le plus ».
On pourra juste souligner ici qu’en règle générale, une pipe droite est plus simple à fumer qu’une « full bent », c’est-à-dire très courbée et qu’un tuyau en acrylique est plus simple à appréhender qu’un tuyau en ébonite.
- Finition
La troisième question qu’on se pose concerne la finition du fourneau : sablé, lisse ou guilloché (rustiqué) ?
Là encore, il s’agit plus d’une question d’esthétique que de réelles qualités de fumage, car les différences sont infimes entre les trois types. Sachant que les finitions sablées ou rustiquées sont souvent un peu moins chères que les lisses, surtout si celles-ci présentent de très belles fibres dans le bois.
- Avec ou sans filtre ?
Que dire sur ce choix ? Il se pose certainement moins souvent en France qu’Outre-Rhin, où les pipes avec filtre 9 mm sont très prisées et donc plus répandues. J’aborderai la thématique des filtres dans un article à venir quant à leurs propriétés, avantages et inconvénients.
Je me contente ici de dire qu’une pipe sans filtre est plus simple d’entretien et vous évite d’avoir à acheter et transporter des filtres. Néanmoins, veillez à ce que le tenon du tuyau et la mortaise du fourneau soient bien ajustés, car s’il y a un espace entre tenon et mortaise, il fera office de chambre de condensation dans laquelle s’accumuleront des jus, qui feront glouglouter votre pipe !
Une pipe avec filtre peut être fumée avec un adaptateur (rarement parfait). Le filtre est souvent un bon moyen d’éviter pour les débutants, l’agressivité d’un tabac fort ; il permet une absorption efficace des jus, une fumée plus fraîche et permet d’éviter également la sensation de langue et de palais irrités provenant d’un fumage trop chaud. Le filtre doit être changé après chaque fumage et ne doit en aucun cas rester dans la pipe, car l’humidité qu’il a absorbée, perturberait son séchage et lui donnerait à force un goût désagréable.
- La lentille
Le choix de la lentille (partie de la pipe encore appelée «bouton » que l’on tient entre les lèvres ou entre les dents).
Les formes de cette partie existent en de multiples variantes : plus ou moins fine, épaisse ou large. On différencie deux systèmes : le plus répandu étant le « fishtail » (sortie droite en queue de poisson) avec un trou de forme lenticulaire rond, simple ou double, et la forme « lip bit » proposée par certaines marques, notamment Peterson, qui se résume en une orientation de la sortie du conduit vers le haut, évitant le contact direct de la fumée avec la langue. Si vous tenez votre pipe à la main, ce que je conseillerais à tout débutant, car cela permet d’apprécier constamment la température du fourneau, le confort du bouton prend une importance relative. Si en revanche, vous tenez votre pipe entre les dents, emmenez, au moment de l’achat, un morceau de film plastique vous permettant de protéger le tuyau des pipes que vous désireriez essayer en bouche (avec bien entendu l’autorisation du vendeur).
- Le fourneau ou foyer
Dans la plupart des pipes, celui-ci est légèrement conique, à savoir que si la base du cône est trop étroite, la pipe sera plus difficile à fumer. Si le foyer présente un diamètre trop faible, la pipe sera difficile à bourrer, donc à fumer. Un foyer doit être parfaitement lisse. Un bon indicateur pour moi, est de pouvoir toucher sans difficulté, le fond du fourneau avec l’index.
- L’entrée du conduit dans le foyer
Ce point revêt une importance particulière. L’entrée du conduit dans le foyer doit être bien centrée. L’idéal étant que sa base soit à niveau avec le fond du foyer. Si le point d’entrée est trop haut, il restera toujours un résidu de tabac non consumé et imbibé de jus au fond de votre pipe. Ceci augmente de façon importante le phénomène d’embourbage de la pipe. Si vous possédez une pipe présentant ces caractéristiques, vous pouvez y remédier de deux façons :
- utiliser des granulés d’écume de mer dans le fond de votre foyer ;
- ou alors rehausser le fond de votre foyer avec un mélange composé de poudre récupérée lors du déculottage ou alors de cendre fine grise résultant de la combustion totale du tabac et d’un peu de miel, que vous amalgamez pour obtenir une pâte homogène, que vous étalez au fond du foyer. En séchant, cette pâte durcira en rehaussant le foyer. Attention à ne pas boucher le trou d’entrée. Vous pouvez également utiliser de la pâte de pré-culottage en couches successives.
Si le trou d’entrée est positionné trop bas par rapport au fond du foyer, il y a de fortes chances que le conduit se bouche fréquemment, ce qui entraînera un mauvais tirage et une pipe qui s’éteindra constamment. Pour vérifier le positionnement du conduit, il vous suffit d’y introduire une chenillette ou d’utiliser une lampe de poche à l’entrée du tuyau.
A ce propos, cela permet d’évoquer un autre point important : plus il sera facile d’introduire une chenillette dans le tuyau jusqu’au foyer, plus vous aurez de chance d’avoir une pipe développant peu de condensation. Tous les points où la chenillette rencontre une résistance, ou a du mal à passer, sont propices au développement de condensation et préjugent d’un entretien plus difficile.
D’autre part, il est agréable de pouvoir durant le fumage faire un passage d’une chenillette dans le conduit, pour évacuer l’humidité.
- Point de jonction entre la tige et le tuyau.
Dans une pipe bien faite, celui-ci est fluide et très bien ajusté. Le tuyau ne doit être en aucun cas trop difficile à retirer. Partez du principe que si le tuyau est difficile à retirer sur une pipe froide, ceci sera pratiquement impossible après dilatation et augmentera fortement les risques de dommages lors de l’entretien. A l’inverse un tuyau d’entrée trop lâche restera lâche et contrairement à tout ce que l’on peut vous raconter, ne s’ajustera pas avec le temps et les fumages.
Dans les deux cas de figure, appliquez la règle du « pas touche ».
- Test de surface (mastic, pipe laquée)
Le mastic sert à corriger les défauts du bois. Il se repère en général par une rupture d’homogénéité soit au niveau de la couleur soit à celui de la structure du bois, peut avec le temps prendre une teinte différente de la pipe et créer des aspérités particulièrement visibles sur les pipes lisses. Il n’aura en revanche aucune influence sur les qualités de fumage. Vous avez plus de chance d’en trouver sur des pipes d’entrée de gamme.
L’achat d’une pipe laquée rend impossible la détection de ces points de masticage.
De plus, en fonction de la qualité des vernis utilisés, vous risquez d’avoir une pipe qui chauffe. Les vernis de mauvaise qualité ont tendance à se craqueler et à cloquer.
En général, ce sont des cache-misères. L’exception confirmant la règle !
- Pré-culottage ou non ?
Vaste débat ! Mettons d’abord fin à quelques mythes.
Une pipe culottée ne nécessite aucune prudence lors des premiers fumages : faux ! Le culottage est simplement facilité.
Le culottage d’une pipe non pré-culottée est très complexe : faux ! Il suffit d’être un peu plus prudent et d’éviter une surchauffe et des fumages incomplets du tabac.
Procédez par augmentation progressive des charges. Par exemple, dix fumages remplis au 1/3, puis dix fumages remplis au 2/3 et ensuite pleine charge.
Les pâtes de pré-culottage donnent un sale goût à la pipe : faux ! Les pâtes actuellement utilisées sont à 98 % neutres en goût et ne nuisent en rien à la bonne évolution de votre bouffarde.
N’oublions pas que l’important pour un bon culottage, est la qualité de finition du foyer, qui doit être le plus lisse possible. Il en va de même pour la surface du culot, qui se formera (voir article précédent sur les culots).
- Les pipes à système
Règle perso : tout objet métallique trouvé à l’intérieur de la pipe devra faire l’objet d’une extraction et d’un recyclage immédiat.
Un dernier point : oubliez toutes les bonnes recettes de grands-pères évoquant des mélanges magiques à base de substances diverses : (miel, cognac, whisky, alcool à brûler) dont il faudrait badigeonner l’intérieur du foyer durant le culottage. A proscrire à tout prix !
Pour finir, je me permets de vous donner la version abrégée des « 10 commandements du fumeur de pipe »:-)) tels que je les ai trouvés sur le site de la maison Zigarrenhaus Bennung :
1° Tu ne dois jamais fumer trop chaud
2° Tu ne dois jamais fumer dans le vent
3° Tu devras toujours avoir plusieurs pipes
4° Tu dois culotter ta pipe avec attention
5° Tu dois toujours fumer ta pipe jusqu’au bout
6° Tu ne dois pas faire de mauvaises économies lors de l’achat d’une pipe
7° Tu dois toujours prendre soin de ton tabac
8° Tu dois nettoyer ta pipe avec soin
9° Tu dois laissez respirer ta pipe
10° Tu dois protéger ta pipe de l’humidité.