J’aborde dans cet article un sujet, source de beaucoup de polémiques, dans le monde des fumeurs de pipe : la pâte de préculottage.
Vous connaissez tous cette couche grisâtre, qui garnit le foyer de la plupart des pipes neuves. Cette pâte est sensée protéger le bois et accélérer le culottage, voire le rendre superflu.
L’objectif n’est pas de revenir ici sur le culot (cake) ou la manière de préparer sa nouvelle pipe, sujets évoqués dans d’autres articles.
Une chose est certaine : ce traitement remplit généralement bien sa fonction et évite le plupart du temps aux fumeurs-amateurs, l’expérience, ô combien désagréable, d'une pipe brûlée et perçée.
(image D.A.F.T. de)La plupart des fabricants utilisent cette pâte, bien souvent issue de leur propre alchimie, exception faite de certains pipiers renommés, par exemple : Cavicchi ou Kurt Balleby.
Afin d’approfondir le sujet, je vais reprendre un échange sur ce thème entre Rainer Barbi et M. Joachim Acker.
La première question concernait la composition de cette fameuse pâte.
R. Barbi reprend dans un mail : « La composition de base comprend du silicate de sodium ou de potassium, sous forme aqueuse, dilution entre 40 et 65%, et du charbon de bois médicinal. Le premier formant une couche de protection thermique et le second accélérant le phénomène de carbonisation permettant la constitution rapide d’un cake.
En principe tout le reste est superflu. On peut cependant rajouter de la poudre de graphite, qui a les mêmes vertus de protection thermique que le silicate. C’est en principe un double préservatif, mais ce qui est plus important pour les pipiers, est l’aspect anthracite sombre, qu’il confère au foyer, le rendant visuellement plus harmonieux.
Il existe quelques spécialistes pensant devoir ajouter la « pierre des sages » avec des adjonctions d’argile réfractaire ou des farines de quartz, afin de rendre la couche de protection encore plus résistante ».
Un autre composant que l’on trouve en remplacement en en complément du silicate, est la gomme arabique. L’avis de R. Barbi sur la gomme arabique : « La gomme arabique, c’est pire que tout. C’est une résine provenant de l’écorce d’acacia, principalement du Soudan, qui lorsqu’elle brûle, n’ouvre pas la porte du Paradis mais de l’Enfer. Là, il vaut mieux s’en tenir à la bruyère pure. »
Certains pipiers rajoutent des substances aromatiques sensées couvrir et neutraliser le goût de la pâte. Restons septique, quant à l’efficacité de ce procédé.
Une chose est certaine, c’est que la pâte de préculottage est un moyen idéal pour colmater et protéger des points faibles de la paroi du fourneau, tels que trous, fissures, irrégularités. Otto Pollner conseille : « Si la pipe a été culottée trop rapidement, et qu’une aspérité se soit formée à l’intérieur du foyer, mélangez de la poudre de graphite, de la poudre de charbon de bois et de la poudre d’argile réfractaire dans une solution de silicate de potassium pour obtenir un mélange crémeux et utilisez-le pour combler l’aspérité et redonner une forme lisse et homogène à l’intérieur du foyer ».
Bien, bien… Mais ces pâtes ont un inconvénient majeur : c’est le goût répugnant qu’elles peuvent développer ; j’ai bien dit peuvent et non développent. Mais c’est un phénomène que l’on peut rencontrer avec des pipes ne présentant aucun traitement préalable du foyer. Il est tout à fait naturel, que lors de la phase de culottage, la pipe développe des aromatiques de bois calcinés plus ou moins agréables ; il n’y a, là, pas matière à paniquer, car cela disparaît avec la formation progressive d’un cake fin et régulier.
En ce qui concerne le rajout de substances aromatiques, je trouve cela superflu et malvenu, car elles altèrent généralement le goût du tabac et bien souvent on en ignore totalement la composition et la toxicité des émanations, qu’elles dégagent.
Sur ce sujet, Rainer Barbi s’exprime comme suit : « Aucune substance aromatique, il suffit de s’en référer à certains tabacs, ne tient ce qu’elle promet, même si elle dégage des volutes agréables aux narines, elle laisse souvent un goût amer sur la langue, et ce qui vaut pour le tabac vaut bien sûr pour les pâtes à préculotter. »
Un autre problème lié à son utilisation réside d’une part dans le risque d’écaillage. En effet, si la surface du foyer présente un résidu quelconque de fabrication : poussière, etc.., il se peut qu’une partie de la pâte n’adhère pas correctement et se détache, au bout d’un certain temps, soit d’elle-même, soit lors d’un curage. Si cela passe inaperçu, il en résulte un risque potentiel de perçage. D’autre part, elle sert malheureusement souvent de cache-misère pour des fissures et autres malfaçons du foyer, et là encore, le risque de perçage plane, telle une épée de Damoclès, au-dessus de votre tête. Le pipier Franz v. Matt prétend : « Une pipe de bonne qualité doit présenter à son acheteur un foyer pouvant être testé à la vue, voilà pourquoi aucune de mes pipes High Grade n’est traitée avec de la pâte de préculottage.
Ce pipier a créé en l’occurrence une pâte transparente à base de miel. http://www.franz-pipes.ch/. Tout cela nous amène donc à envisager, comme beaucoup de fumeurs, à ôter cette couche de l’intérieur du foyer. Ne comptez que sur votre expérience pour culotter la pipe. Mais attention, quelquefois, le remède est pire que le mal en enlevant maladroitement cette couche par ponçage, alors utilisez avec beaucoup de précaution un papier de verre très fin (minimum 200). Une autre possibilité consiste à utiliser de l'alcool isopropylique. Dans ce cas, attention aux gouttes sur l'extérieur du fourneau, qui génèreraient des tâches décolorées nécessitant un retraitement de la pipe. Il va de soi, qu'il faut laisser la pipe se reposer après un tel traitement à l'alcool.
Une troisième possibilité est d’utiliser une boisson alcoolisée, comme de la vodka ou du whisky, ce qui rend la procédure plus agréable !
Pour conclure, je pense que ce sujet a encore de beaux jours devant lui, au vu de son aspect redondant dans les groupes de discussion du net. La pâte à préculotter continuera donc à trouver ses défenseurs et ses détracteurs, au fil du goût d’un chacun. Et comme d’habitude, allez-y de vos commentaires.
Bonne pipe.



2 commentaires:
"La composition de base comprend du silicate de Natrium ou de Kalium,..." ce qui donne en bon français : silicate de sodium ou de potassium
:-)
Bonjour Alain,
Il est vrai que nous fumeur de pipes, on préfère voir le débutant avec son preculottage dans sa pipe, au lieu d'une pipe percée...
Très bon sujet Alain.
Seb
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