Viprati POY 2005

lundi 19 février 2007

LES TÊTES : LOOK DE STAR ... STAR DU LOOK

Une thématique récurrente dans les différents mails que j’ai reçus et dans les questions qui me sont posées, concerne les finitions des têtes de pipe.

Dans cet article, je vais essayer d’évoquer brièvement les différentes méthodes.

  1. Les teintures

Ce procédé se décline en deux pratiques courantes, la teinte s’obtenant soit avec deux couleurs différentes soit avec une seule couleur.

Afin d’aboutir à un beau contraste avec une couleur unique, la tête de pipe, après avoir été polie, est recouverte d’une première teinte puis séchée. La teinture s’imprègne davantage dans les fibres tendres du bois, qui sont plus absorbantes, que dans les fibres de structures, plus dures. On effectue alors un deuxième polissage fin, que l’on poursuit jusqu’à réapparition de la couleur naturelle des fibres de structures. Puis on applique une seconde teinture de la même couleur, qui va intensifier le ton des fibres tendres et redonner aux fibres de structures le ton primaire, créant ainsi l’effet de contraste.

La seconde méthode consiste donc à utiliser deux teintures de couleurs différentes. La première phase de traitement est identique jusqu’au polissage fin. Pour la deuxième couche, il est important d’utiliser une teinture de couleur plus claire sur la base d’un solvant différent de la première, afin que cette seconde couche ne dilue pas les pigments de la première, ce qui nuirait à la qualité du contraste.

En ce qui concerne le choix des teintures, il faut éviter toutes celles dont les solvants laissent des traces résiduelles dans le bois, ce qui ruinerait définitivement la pipe.

Malheureusement, toutes les teintures ne sont pas pérennes. Plus particulièrement les tons de rouge où l’on peut observer avec le temps une décoloration ou un mouchetage. Si vous êtes un novice dans ce domaine, je vous conseille de vous adresser à un pipier ou de rechercher sur internet des sites ou ateliers pour trouver quel produit utiliser. Pour ma part, je privilégie les teintures naturelles sur la base de solvants aqueux ou organiques.

Dans le domaine des teintures, il existe une troisième méthode très particulière dans sa mise en œuvre, le «golden contrast », Elle est devenue le signe distinctif de Tom Eltang qui l’a apprise chez Anne Julie Rasmussen. Petite parenthèse, « car elle le mérite bien ». Anne Julie est une des rares femmes dont les pipes ont atteint une renommée internationale. Elle fut très longtemps une des seules femmes dans le monde à évoluer dans ce cercle très fermé. Depuis, elle a été rejointe par Manduela Riger-Kousk et Nanna Ivarsson, deux autres grandes dames confectionnant des « danish Handmades » sous leurs noms. Après la mort de son époux, Poul Rassmussen, en 1966, qui avait succédé à Sixten Ivarsson chez Stanwell, mentor de la première génération des grands pipiers danois tels que Emil Chonowitsch, Sven Knudsen, Former Nielsen, elle a débuté sa carrière avec les conseils de Former.

Beaucoup de grands pipiers actuels ont travaillé avec elle.

Mais revenons-en au « Golden contrast » et à Tom Eltang, qui a donc repris cette méthode, également inspirée par Björn Bengston, et l’a perfectionnée durant la période où il travaillait pour Stanwell, où il réalisa une série du même nom.

Cette coloration se fait sur la base de deux composants chimiques pratiquement incolores : le premier étant légèrement jaune et le second légèrement vert, qui lorsqu’ils sont combinés virent au noir profond. L’utilisation de ces produits a posé quelques problèmes à Tom, qui s’est vu dans l’obligation d’acquérir une licence spécifique. En effet, n’étant plus produits, il s’est vu contraint à les produire lui-même en achetant les composants et les recettes de fabrication. Il prétend être à ce jour, probablement la seule personne dans le monde capable de réaliser ces oxydes.

Une fois appliquées sur la pipe, la bruyère devient toute noire. Le polissage, permettant l’obtention d’un contraste plus ou moins prononcé et harmonieux entre les fibres de structures et les fibres tendres, c’est un travail long et fastidieux, demandant une extrême précision. Eltang raconte lui-même que lorsqu’il travaillait pour Anne Julie, il lui arrivait de poncer une demi-journée au papier de verre, pour obtenir le contraste souhaité.

C’est un équilibre très fin à trouver entre les tons, laissant très peu de place à l’erreur. Pour finir, il applique une très fine couche de teinture jaune, qui donne encore plus d’éclat à la pipe.

  1. Le vernis et les cires

Contrairement à ce que l’on peut penser, beaucoup de pipes sont laquées. Il existe néanmoins dans ce processus de très grandes différences. Les produits bon marché sont souvent recouverts d’un vernis quelconque, généralement très brillant (cela économise le temps de ponçage fin), qui donne au bois un aspect très synthétique. Le pire étant les pipes recouvertes d’un film multicolore. Beaucoup de pipiers utilisent des vernis de patine entraînant une très faible saturation du bois, qui engendrent une densification de surface permettant d’obtenir lors du polissage fin une surface lisse brillante et homogène. Support idéal pour une finition à la cire. On utilise ici généralement de la cire de Carnauba d’origine végétale ayant la particularité d’être très dure. Elle est appliquée à l’aide d’un touret à polir, en plusieurs passages. La surface obtenue est lisse et brillante comme un miroir et sa dureté est la meilleure protection d’une pipe. Comme toute cire, elle n’est pas éternelle, mais on peut renouveler cette application à l’infini.

  1. Une méthode que j’ai déjà évoquée : « Oil Curing »

Elle consiste à faire bouillir sur une période relativement longue les têtes de pipes dans de l’huile végétales (olive ou lin). Durant ce procédé, des résines et autres substances indésirables se détachent du bois. De plus, l’huile rend la bruyère plus résistante. Après ce traitement, l’huile doit évidemment être éliminée du bois, ce qui est obtenue par une deuxième cuisson dans de l’eau bouillante ou par un séchage sur des cônes métalliques chauffants. Il est inutile de préciser qu’après de tels traitements, les têtes doivent sécher pendant plusieurs semaines. Lors des premiers fumages, les pipes ayant subi cette préparation ont un léger goût de l’huile utilisée, mais celui-ci disparaît rapidement et intégralement.

Comme je l’avais déjà précisé, cette méthode est principalement utilisée par les pipiers anglais.

Une variante consiste à remplacer l’huile par de l’alcool pur. Toutes les autres étapes restant alors identiques.

Force est de constater, qu’en comparant les pesées avant et après l’application de ce procédé, les pipes sont plus légères, ce qui permet de conclure que des substances ont effectivement été réduites lors de la cuisson.

L’utilisation de l’huile permet donc de toute évidence la neutralisation des tanins, des résines, et comme décrit dans mon article sur les « crossover », la neutralisation du goût.

1 commentaires:

Nicolas a dit…

Bravo pour cet article Alain.

Penses-tu que le oil-curing soit vraiment durablement efficace ?

Nicolas